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Concubinage et droit successoral en Suisse : pourquoi votre partenaire n’hérite de rien sans testament

État du droit :

Lecture env. 8 min. · Pour les couples non mariés en Suisse

Votre partenaire non marié vit avec vous depuis des années ; vous partagez le logement, les finances et peut-être même des enfants – mais en droit successoral suisse, vous n’existez pas pour la succession légale. Sans testament ni pacte successoral, votre partenaire de concubinage n’hérite de rien. Aucune réserve héréditaire, aucune quote-part légale, aucun droit. Cet article vous explique comment protéger votre partenaire et ce à quoi vous devez veiller.

En bref : en Suisse, les partenaires de concubinage n’ont AUCUN droit successoral légal. Sans testament ni pacte successoral, votre partenaire n’hérite de rien – quelle que soit la durée de votre vie commune. Les réserves héréditaires ne concernent que les parents, pas les concubins. De nombreux cantons taxent les héritiers en concubinage aux taux les plus élevés.

Le concubinage dans le droit successoral suisse

Le Code civil suisse ne prévoit aucune succession légale en faveur des partenaires de concubinage. Les art. 457 ss CC règlent la succession des parents et du conjoint, pas celle des concubins non mariés. Concrètement : si vous décédez sans testament, c’est la succession légale qui s’applique – et votre partenaire n’y figure pas. Il ou elle n’hérite de rien, même si vous :

Pourquoi le concubinage n’ouvre pas de droit successoral

Le concubinage est un état de fait, pas une institution juridique. Il n’ouvre pas de positions relevant du droit matrimonial, parce qu’il ne relève pas du droit matrimonial. Le droit successoral suisse se rattache à la parenté et au mariage – pas à la cohabitation. La succession légale (art. 457 ss CC) reconnaît :

Les partenaires de concubinage sont totalement absents de cette liste. Ils ne sont ni parents, ni unis par un mariage ou un partenariat enregistré – ils ne sont donc pas héritiers légaux.

Réserves héréditaires : qui en bénéficie, qui n’en bénéficie pas – et quel est leur montant réel

C’est ici que les calculs sont le plus souvent erronés ; précisons donc : il n’existe aucune quote-part réservataire fixe. L’art. 471 CC, depuis la révision du droit des successions (en vigueur depuis le 1.1.2023), tient en une seule phrase :

« La réserve héréditaire s’élève à la moitié de la prétention successorale légale. »

La quote-part dépend donc toujours de ce à quoi la personne concernée aurait légalement droit. Seuls les descendants, le conjoint et le partenaire enregistré sont réservataires (art. 470 al. 1 CC). La réserve des parents a été supprimée sans remplacement par la révision – les parents et grands-parents n’en ont aujourd’hui plus aucune.

Configuration Prétention successorale légale Réserve héréditaire (la moitié de celle-ci) Librement disponible pour votre partenaire
Enfants, pas de conjoint
le cas habituel en concubinage
Enfants : l’intégralité de la succession (art. 457 CC) Enfants : 1/2 1/2
Enfants et conjoint
si vous êtes encore marié mais séparé
Enfants 1/2, conjoint 1/2 (art. 462 ch. 1 CC) Enfants 1/4, conjoint 1/4 1/2
Conjoint, pas de descendants, parents en vie Conjoint 3/4 (art. 462 ch. 2 CC), parents 1/4 Conjoint 3/8, parents aucune 5/8
Seulement parents ou frères et sœurs, pas de conjoint, pas d’enfants Parents ou leur ligne (art. 458 CC) aucune la totalité (art. 470 al. 2 CC)

L’erreur de calcul la plus fréquente : « Les enfants ont un quart, donc mon partenaire peut recevoir trois quarts. » Cela ne vaut qu’à côté d’un conjoint. En concubinage, vous n’avez par définition pas de conjoint – la succession légale revient alors entièrement aux enfants et leur réserve représente la moitié. Si vous attribuez malgré tout trois quarts, vous rédigez un testament que vos enfants peuvent renverser par action en réduction.

Les partenaires de concubinage n’ont pas de réserve héréditaire. Ils peuvent être totalement écartés par testament – et le sont automatiquement dans la succession légale. Inversement, si vous ne laissez ni descendants, ni conjoint, ni partenaire enregistré, vous pouvez disposer librement de l’ensemble de votre patrimoine (art. 470 al. 2 CC) et instituer votre partenaire comme héritier unique.

Comment protéger votre partenaire de concubinage

Puisque votre partenaire n’hérite de rien par la loi, vous devez agir. Deux voies s’offrent à vous :

1. Testament (art. 505 CC)

Le testament olographe est la solution la plus simple. Vous pouvez :

Mais : les réservataires peuvent faire valoir leur réserve par action en réduction. Si vous avez des enfants et pas de conjoint, ils ont droit à la moitié de la succession – vous ne pouvez alors attribuer au plus à votre partenaire que l’autre moitié. Si vous êtes encore marié mais séparé, la réserve des enfants tombe à un quart, mais la réserve du conjoint s’y ajoute pour un quart ; la quotité librement disponible reste à nouveau la moitié.

2. Pacte successoral (art. 512-515 CC)

Le pacte successoral est soumis à une forme plus stricte (acte authentique en présence de deux témoins), mais il offre des avantages :

Important : un pacte successoral ne peut être révoqué, sur le plan de la forme, que par un nouveau pacte successoral ou par destruction de l’acte – un simple testament ne suffit pas.

Impôt sur les successions : souvent les taux les plus élevés

L’impôt sur les successions est régi par le droit cantonal – et les partenaires de concubinage sont souvent taxés comme des tiers sans lien de parenté. Cela signifie :

Certains cantons appliquent des barèmes progressifs, d’autres des taux forfaitaires. Berne, par exemple, taxe les partenaires de concubinage jusqu’à 50 %, comme des personnes totalement étrangères. Zurich applique également des taux élevés pour les héritiers sans lien de parenté.

Concubinage et partenariat enregistré

Le partenariat enregistré est une institution légale assortie d’un droit successoral :

Le concubinage ne présente AUCUN de ces avantages – il n’ouvre pas de droit successoral légal, pas de réserve héréditaire, pas de privilèges fiscaux.

Étapes pratiques pour les couples en concubinage

Étape 1 : rédiger un testament ou conclure un pacte successoral

Sans cela, votre partenaire n’hérite de rien. Un testament olographe suffit (art. 505 CC) ; un pacte successoral offre une plus grande sécurité juridique.

Étape 2 : prendre en compte les réserves héréditaires

Calculez la réserve héréditaire pour votre situation concrète, au lieu d’appliquer une règle toute faite : elle représente toujours la moitié de la prétention successorale légale (art. 471 CC). Si vous avez des enfants et pas de conjoint, cela correspond à la moitié de la succession.

Étape 3 : vérifier l’impôt sur les successions

Vérifiez l’impôt cantonal sur les successions applicable aux partenaires de concubinage – un avocat suisse ou une avocate suisse peut vous y aider.

Étape 4 : sécuriser la documentation

Notez où se trouvent votre testament / pacte – avec Angel Reminder, vous pouvez conserver cette information et définir qui y aura accès en cas d’urgence.

Questions fréquentes

Mon partenaire non marié a-t-il un droit successoral en Suisse ?

Non. En Suisse, les partenaires de concubinage n’ont AUCUN droit successoral légal. Sans testament ni pacte successoral, votre partenaire n’hérite de rien – même si vous avez vécu ensemble de longues années ou si vous avez des enfants communs.

Puis-je transmettre quelque chose à mon partenaire de concubinage ?

Oui, par testament (art. 505 CC), pacte successoral (art. 494 CC, forme selon l’art. 512 CC) ou legs (art. 484 CC). Mais attention : votre partenaire n’est pas réservataire – ne sont protégés que les descendants, les conjoints et les partenaires enregistrés (art. 470 al. 1 CC). Leur réserve s’élève à la moitié de leur prétention successorale légale (art. 471 CC) : si vous laissez des enfants et aucun conjoint, leur réserve représente la moitié de la succession ; à côté d’un conjoint, un quart, et le conjoint a alors également un quart. Depuis le 1er janvier 2023, les parents n’ont plus de réserve héréditaire.

À combien s’élève l’impôt sur les successions pour les partenaires de concubinage ?

Cela varie fortement d’un canton à l’autre. De nombreux cantons taxent les partenaires de concubinage aux taux les plus élevés (souvent 30 à 50 %), comme des tiers sans lien de parenté. Certains cantons appliquent des barèmes progressifs, d’autres des taux forfaitaires. Vérifiez la réglementation de votre canton de domicile.

Quelle est la différence entre concubinage et partenariat enregistré ?

Le partenariat enregistré est une institution reconnue par la loi, assortie d’un droit successoral (art. 462 CC), ce qui n’est pas le cas du concubinage. Les partenaires enregistrés héritent comme les conjoints ; les partenaires de concubinage n’héritent rien sans testament.

Le concubinage est-il assimilé à une relation relevant du droit matrimonial pour le droit successoral ?

Non. Le concubinage est un état de fait, qui ne relève pas du droit matrimonial. Il n’ouvre AUCUNE succession légale, AUCUNE réserve héréditaire, AUCUN droit de veto. Tous les droits doivent être institués par testament ou par pacte successoral.

En synthèse : Prévoyance et succession en Suisse — où la protection du concubin s’articule avec le reste de la prévoyance.

Pour aller plus loin : Droit successoral suisse, Formes de testament en Suisse, Pacte successoral en Suisse.

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