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Prévoyance et succession en Suisse – ce que vous pouvez organiser dès aujourd’hui
État du droit :
En bref : La prévoyance ne se limite pas à un testament. Quatre domaines déterminent dans quelle mesure vous soulagez vos proches : le droit successoral (qui hérite et ce que vous pouvez librement attribuer), le mandat pour cause d’inaptitude et les directives anticipées du patient (qui décide pour vous lorsque vous ne le pouvez plus), le don d’organes (où votre volonté est consignée) et la succession numérique (vos comptes et accès). Vous pouvez préparer vous-même et gratuitement la plupart de ces éléments ; souvent, le plus important n’est pas un document, mais une vue d’ensemble ordonnée indiquant où tout se trouve.
1. Droit successoral : qui hérite, avec ou sans testament
Si vous ne laissez aucune disposition, la dévolution successorale légale du Code civil s’applique. Elle suit le système des parentèles : vos descendants héritent en premier lieu (art. 457 CC) ; à défaut, ce sont les parents et leur ligne qui entrent en jeu (art. 458 CC), puis les grands-parents et leurs descendants (art. 459 ss CC). Le conjoint survivant, ou le partenaire enregistré survivant, dispose en outre d’un droit successoral légal propre (art. 462 CC) : avec des descendants, il hérite donc avec eux et non à leur place.
Réserve héréditaire et quotité disponible
Vous ne disposez pas entièrement librement de votre succession : une part est protégée par la réserve héréditaire. Depuis la révision du droit successoral du 1er janvier 2023, seuls les descendants ainsi que le conjoint ou le partenaire enregistré bénéficient d’une réserve héréditaire (art. 470, al. 1, CC) ; les parents ne sont expressément plus protégés. La réserve héréditaire correspond à la moitié de la part successorale légale (art. 471 CC). Ce qui reste après déduction des réserves héréditaires constitue la quotité disponible : vous en disposez par testament ou pacte successoral.
La part de chacun dépend également du régime matrimonial : celui-ci est dissous au décès et la liquidation du régime matrimonial précède le partage successoral ; ce qui revient au conjoint survivant au titre du régime matrimonial n’entre même pas dans la succession (art. 204, al. 1, et art. 215, al. 1, CC). Le tableau des quotes-parts du guide de droit successoral vaut pour le cas normal ; le calcul concret dépend du régime matrimonial.
Testament, pacte successoral, exécution testamentaire
- Testament olographe : entièrement écrit à la main, daté et signé (art. 505 CC). Aucun notaire n’est nécessaire et il n’y a pas de frais, mais toute erreur de forme peut le rendre contestable.
- Disposition pour cause de mort publique : reçue en la forme authentique avec la participation de deux témoins (art. 499–501 CC). Plus exigeante, mais sûre sur le plan formel — une solution plus sereine pour les successions importantes ou complexes.
- Pacte successoral : il vous lie envers l’autre partie et doit respecter la même forme authentique que la disposition pour cause de mort publique (art. 512 CC). C’est la voie à choisir lorsqu’une personne doit pouvoir compter sur votre engagement.
- Exécuteur testamentaire : vous pouvez désigner dans votre disposition une personne qui administre la succession et la représente envers les tiers (art. 517 et 518 CC) — souvent le meilleur soulagement pour une communauté héréditaire.
Si vous vivez en concubinage, c’est le point le plus important de cette page : sans testament ni pacte successoral, votre partenaire n’hérite de rien — la loi ne prévoit aucun droit successoral pour les couples non mariés. Vous ne pouvez l’avantager que dans les limites de la quotité disponible.
2. Mandat pour cause d’inaptitude et directives anticipées du patient
Ces deux documents déploient leurs effets de votre vivant, notamment lorsque vous devenez incapable de discernement. Ils règlent des questions différentes et ne se remplacent pas l’un l’autre :
- Mandat pour cause d’inaptitude (art. 360 CC) : vous désignez la personne qui prend en charge pour vous l’assistance personnelle, la gestion du patrimoine et la représentation dans les rapports juridiques. Forme requise : soit le mandat est entièrement écrit à la main, daté et signé, soit il est reçu en la forme authentique (art. 361 CC). Un texte dactylographié sans acte authentique ne suffit pas.
- Directives anticipées du patient (art. 370 CC) : elles règlent uniquement les décisions médicales, par exemple les mesures destinées à prolonger la vie. Elles peuvent être rédigées à la machine ; elles doivent être écrites, datées et signées de votre main (art. 371 CC). Vous pouvez inscrire sur votre carte d’assuré qu’elles existent et où elles se trouvent.
Lorsqu’une personne devient incapable de discernement, l’autorité de protection de l’adulte (APEA) vérifie l’existence d’un mandat pour cause d’inaptitude et en constate formellement la validité (art. 363 CC). C’est précisément pourquoi ce mandat est le moyen d’éviter en règle générale une curatelle ordonnée par l’autorité : vous avez vous-même désigné la personne qui décide. Sans mandat pour cause d’inaptitude, seul un droit légal de représentation strictement limité s’applique : les conjoints et partenaires enregistrés peuvent régler les affaires courantes ainsi que l’administration ordinaire du revenu et des autres biens lorsqu’ils font ménage commun avec la personne incapable de discernement ou lui fournissent régulièrement une assistance personnelle — et cela uniquement tant qu’il n’existe ni mandat pour cause d’inaptitude ni curatelle correspondante (art. 374, al. 1 et 2, CC). Les actes relevant de l’administration extraordinaire du patrimoine nécessitent en outre l’accord de l’APEA (art. 374, al. 3, CC).
3. Don d’organes : ce qui s’applique aujourd’hui
État en juillet 2026 : la solution du consentement s’applique toujours. Le corps électoral a accepté le 15 mai 2022 le consentement présumé au sens large, mais la loi révisée sur la transplantation n’est toutefois pas encore entrée en vigueur. Jusque-là, un don d’organes n’est possible que si la personne décédée y a expressément consenti ou, si aucune volonté n’est connue, si les proches y consentent.
Pour vous, cela signifie qu’il est aujourd’hui plus important, et non moins, de consigner votre décision. En l’absence de volonté documentée, vos proches doivent décider pour vous dans l’épreuve la plus difficile. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) communique l’état contraignant du droit ; vous trouverez les détails et le calendrier dans le guide sur le don d’organes.
4. Succession numérique
Vos comptes en ligne, profils et abonnements font également partie de votre succession. Vous ne devez pas transmettre de mots de passe : il suffit d’établir une vue d’ensemble ordonnée des comptes existants, de l’endroit où commencer et de vos souhaits. Si vous déposez de telles informations auprès d’un service pour le cas où vous ne pourriez plus agir, vous devez savoir comment elles sont protégées : pour les utilisateurs en Suisse s’appliquent les principes de traitement, la protection des données dès la conception et les réglages par défaut respectueux de la vie privée ainsi que les exigences de sécurité des données de la loi sur la protection des données (art. 6, 7 et 8 LPD) ; un lieu de serveur à l’étranger implique en outre une communication de données à l’étranger.
› Régler votre succession numérique sans transmettre vos mots de passe
Checklist : ce que vous pouvez organiser cette semaine
Vous n’avez pas besoin de tout faire en même temps. Ces étapes sont organisationnelles, gratuites et réalisables immédiatement :
- Établir une vue d’ensemble des comptes, assurances, contrats et abonnements existants — sans mots de passe, uniquement le prestataire et l’objectif.
- Vérifier si votre situation exige un testament : concubinage, famille recomposée, parts de société ou propriété immobilière sont les raisons les plus fréquentes.
- Rédiger un mandat pour cause d’inaptitude — et prendre au sérieux les exigences de forme : écrit à la main ou acte authentique.
- Remplir des directives anticipées du patient (un texte dactylographié suffit) et faire inscrire la mention sur votre carte d’assuré.
- Consigner votre décision concernant le don d’organes, quelle qu’elle soit, et dire à vos proches qu’elle existe.
- Déterminer qui doit être informé en cas d’urgence et lui indiquer où se trouve votre vue d’ensemble.
Points de contact neutres et gratuits
- Office fédéral de la santé publique (OFSP) — état contraignant du droit sur le don d’organes et le registre du consentement présumé.
- Pro Senectute — fiches d’information et modèles de mandat pour cause d’inaptitude et de directives anticipées du patient.
- Autorité de protection de l’adulte (APEA) — renseignements sur la compétence, le dépôt et la procédure. À Genève, cette fonction est exercée par le Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (TPAE).
- Notariats cantonaux ou officiers publics — pour les actes authentiques et le dépôt des testaments ; la compétence varie selon les cantons.
Questions fréquentes
Qui hérite en Suisse sans testament ?
Sans testament, la dévolution successorale légale s’applique. Si vous laissez des descendants, ceux-ci héritent en premier lieu ; si une personne était mariée ou liée par un partenariat enregistré, le conjoint ou partenaire survivant hérite avec les descendants. En l’absence de descendants, les parents et leur ligne successorale entrent en jeu.
Qu’est-ce que la réserve héréditaire en droit successoral suisse ?
La réserve héréditaire est la part minimale légalement protégée de certains proches. Depuis le 1er janvier 2023, seuls les descendants ainsi que le conjoint ou le partenaire enregistré sont protégés (art. 470, al. 1, CC) ; les parents ne le sont expressément plus. La réserve héréditaire correspond à la moitié de la part successorale légale (art. 471 CC).
Quelle est la différence entre un mandat pour cause d’inaptitude et des directives anticipées du patient ?
Le mandat pour cause d’inaptitude désigne la personne qui vous représente en cas d’incapacité de discernement pour l’assistance personnelle, la gestion du patrimoine et les rapports juridiques (art. 360 CC) ; il doit être écrit en entier à la main ou reçu en la forme authentique (art. 361 CC). Les directives anticipées du patient règlent uniquement les décisions médicales (art. 370 CC) et peuvent être dactylographiées si elles sont datées et signées (art. 371 CC).
Mon partenaire de concubinage hérite-t-il automatiquement ?
Non. Le droit successoral suisse ne prévoit aucun droit successoral légal pour les couples en concubinage : sans testament ni pacte successoral, le partenaire n’hérite de rien. Vous ne pouvez l’avantager que dans les limites de la quotité disponible.
Le consentement présumé s’applique-t-il en Suisse au don d’organes ?
Pas encore. Le corps électoral a accepté le 15 mai 2022 le consentement présumé au sens large, mais la loi révisée sur la transplantation n’est pas encore entrée en vigueur. Jusque-là, la solution du consentement s’applique : en l’absence de volonté documentée, les proches sont consultés. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) communique l’état contraignant du droit.
L’essentiel : que vos proches sachent où tout se trouve
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